Commerce international Les marchés du machinisme agricole en pleine recomposition
Les soubresauts de la géopolitique mondiale et les décisions erratiques des populistes au pouvoir dans les grands pays ne sont pas sans rebattre les cartes des grands marchés du machinisme agricole mondial.
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Mariateresa Maschio et Simona Rapastella, brossent un portrait plutôt bouleversé du marché mondial du machinisme agricole. Les deux femmes, respectivement présidente et directrice générale de FederUnacoma, la fédération italienne des constructeurs de machines agricoles sont intervenues à Rome, le 21 janvier 2026, en marge de la conférence de presse de présentation du prochain salon Eima annoncé à Bologne du 10 au 14 novembre. En effet, alors que la production agricole globale ne cesse de croître et que la demande pour des machines est à son plus haut niveau, le contexte économique et géopolitique du moment ralentit les flux commerciaux. « Les politiques protectionnistes de certains pays, les sanctions économiques, les obstacles dans les routes commerciales et les guerres tarifaires ont conduit à une fragmentation des marchés et à un fort ralentissement du commerce », regrette Mariateresa Maschio. Les marchés traditionnels ont dans l’ensemble constaté des baisses de leurs chiffres d’affaires. Les États-Unis, en proie à de nouvelles barrières tarifaires, terminent l’année avec un recul de 10 %. Leur chiffre des ventes de tracteurs est le pire des treize dernières années. 196 000 unités y ont été enregistrées contre 217 000 en 2024. L’Allemagne comme la France s’affichent également en retrait : -12,2 % avec environ 26 000 immatriculations outre-Rhin et -18,5 % pour 19 561 tracteurs standards dans notre pays. Le Royaume-Uni ne se porte guère mieux (-14,2 % avec 9 000 unités).
Un grand potentiel de croissance
Dans cette ambiance morose, quelques pays tirent leur épingle du jeu et d’autres font preuve d’un dynamisme insolent. L’Espagne est ainsi parvenue à enregistrer une augmentation de 29,3 % de ses immatriculations de tracteurs avec, à la fin novembre, 10 000 unités déjà déclarées. L’Italie, de son côté, termine l’année avec plus de 17 500 immatriculations soit 17,3 % de mieux qu’en 2024. Mais c’est d’Inde d’où proviennent les chiffres les plus étonnants. Le marché local a atteint un record historique au cours des douze derniers mois avec environ 1,1 million de tracteurs (+ 20,9 % par rapport à 2024). Il confirme ainsi son rang de plus important du monde en nombre d’unités. Mariateresa Maschio, se montre pour autant optimiste. Le repli actuel des marchés serait essentiellement d’ordre conjoncturel et cyclique. Le potentiel de demande reste en effet, selon elle, très élevé. « Au cours des quinze dernières années, les productions agricoles ont déjà considérablement augmenté, remarque-t-elle. Mais, si elles veulent satisfaire les besoins de la population mondiale, elles devront encore croître de 14 % d’ici 2034. Cela se passera notamment en Inde, dans les pays d’Afrique du Nord, ainsi que ceux d’Afrique subsaharienne et du Moyen-Orient confrontés aux plus fortes croissances démographiques. » Pour qu’ils soient en mesure d’y parvenir, elle n’entrevoit qu’une seule solution : « La diffusion de la mécanisation agricole ainsi que de ses technologies numériques associées. »
La nécessité d’un commerce libre et ouvert
Dans son scénario, la présidente de FederUnacoma, envisage une reprise du commerce mondial du machinisme agricole. Il pourrait atteindre 92,5 milliards d’euros en 2029 avec, d’ici là, une croissance annuelle de l’ordre de 1,9 % par an. Les développements les plus significatifs sont attendus en Afrique subsaharienne (+ 4,8 %), en Asie (+ 3,8 %) et en Amérique latine (+ 2,9 %). Ce développement sera satisfait en grande partie par les nouveaux acteurs industriels en train d’émerger. Les constructeurs chinois détiennent déjà les plus importantes parts de marché en Afrique subsaharienne (35 % de part de marché) et en Asie (41 %). Ils ont également trouvé leur place en Amérique latine (17,4 %), et sont déjà bien présents en Europe (9,3 %). « Dans les années à venir, nous assisterons à une segmentation du secteur des agroéquipements. Des mécaniques basiques à faible coût côtoieront des technologies très avancées capables d’assurer des opérations complexes. » Pour accompagner ce mouvement, Mariateresa Maschio recommande aux autorités politiques de continuer à soutenir la recherche sur les nouvelles technologies ainsi que l’achat des machines. Elle insiste également pour que celles-ci s’engagent dans des politiques économiques libéralisant le commerce et relançant la coopération entre les pays.
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